Cyril's Détails
À propos de Cyril
La vie rêvée de Cyril Després
De Nemours aux rives du Lac Rose, road book de Cyril Després, successeur de Stéphane Peterhansel dans la lignée des grands motards du désert.
Le chrono se déclenche le 24 janvier 1974, à Fontainebleau. Tout près de ce château illustre, « vraie demeure des rois de France » selon Napoléon. Le futur « prince du désert » y fait ses premiers pas. Mais c’est à une quinzaine de kilomètres de là, à Nemours, que Cyril Després s’éveille à la vie. Enfance calme et plutôt protégée, entre ses parents et son frère Frédéric. A priori, aucun lien familial ne l’attire vers le sport mécanique. Jean-Claude et Jeanine Després gèrent des restaurants d’autoroute, raison pour laquelle ils ont élu domicile à Nemours, au contact de l’A6. Pourtant, le destin veille. Parmi les amis de la famille, les Couturier ont une particularité : leur fils, Pascal, est un champion de trial moto. Le virus va frapper Cyril très rapidement.
A 13 ans, suivant l’éducation chrétienne classique, arrive le temps de la communion. Désormais plus porté sur les magazines spécialisés en moto que sur les missels, le communiant prépare son plan : « Au lieu de m’offrir les traditionnels cadeaux de communion, les chaînes et les croix, toute la famille m’a donné de l’argent. Ca faisait au total 4000 francs (600 euros) ! Alors j’ai regardé les petites annonces et pour ce prix là, j’ai trouvé une moto 80 cm3. Sans rien dire à mon père, moi qui n’étais pratiquement jamais sorti de Nemours, un mercredi j’ai pris le train pour Paris et je suis allé au magasin qui la vendait, à Levallois. J’ai réussi à la réserver et au retour, j’ai annoncé à mon père que je savais quoi faire de l’argent de ma communion, acheter une moto. La semaine suivante, il m’emmenait la chercher à Levallois. Il ne s’est jamais douté du stratagème… »
Roi des forêts
Le départ est donné pour une vie de motard et de compétition. Initié par Pascal Couturier (double champion du monde par équipes), le goût de la compétition du jeune Cyril s’exerce pendant dix ans sur les joutes austères du trial. Epreuve de précision, de régularité, d’adresse, de patience, de force aussi, c’est une discipline usante : « On dépend du jugement humain. Sur un passage, on peut tout réussir bien, sans poser un pied à terre, mais si un piquet malgré cela tombe, c’est cinq points de pénalité. Très frustrant ! » Des envies d’ailleurs commencent à monter. Surtout lorsque, avec son copain de trial Michel Gau, il voit passer, chaque début janvier la caravane du Paris-Dakar…
Le premier chemin de traverse sera l’enduro. Premier essai, à Plomion, dans l’Aisne, une course de niveau national en 1998. Et première victoire ! De là, naissent de nouvelles réflexions, de nouveaux rêves. Un défi possible. Toujours avec le fameux Michel, le pote, le presque frère : « Et si on tentait le Dakar ? » Le projet prend forme, avec un objectif, l’édition 2000. Principal obstacle, le budget. Employé à l’atelier de préparation compétition Challenge 75, Cyril ne gagne pas des fortunes. Mais, à défaut de carburant financier, les deux compères ne manquent pas d’idées. S’inspirant d’actions de merchandising appliquées par certains concurrents, ils parient sur un petit commerce de vins. Michel et Cyril achètent des bouteilles de bordeaux, de saint-chinian et de chablis et constituent chacun 1000 coffrets, étiquetés avec la carte du parcours du Dakar. « Il nous fallait 80000 francs chacun. Grâce aux fêtes de fin d’année et surtout parce que c’était l’an 2000, on a tout vendu, aux amis, aux entreprises de la région. »
Naissance d’un prince des déserts
Enthousiasme et débrouillardise récompensés, Cyril Després s’aligne au départ de son premier Dakar en janvier 2000 au guidon d’une Honda 400 XR, avec l’inséparable Michel dans son sillage. Les portes de l’aventure s’ouvrent sur les grands espaces, le désert. La révélation est fulgurante. Autant pour lui, fasciné par la course et par les paysages, que pour les suiveurs. Non seulement Cyril termine, mais en 16è position et deuxième de sa catégorie ! « Alors que j’espérais seulement finir quand j’ai pris le départ, j’ai pris confiance après la mi-parcours et je me suis dit que je pouvais faire une bonne place. J’ai fait les quatre dernières étapes au galop, à 100 % ! Mais sans dépasser ma limite. » Talent de pilotage et sens de la course, alliés à une réflexion digne d’un vieux briscard ont fait merveille. La machine Després est lancée. Elle va continuer d’ailleurs, grâce aux subsides restant de la vente des vins et au soutien de l’atelier Challenge 75. Au guidon d’une Honda 650, il décroche au Rallye de Tunisie suivant, son premier podium, terminant troisième.
Le bouleversement de l’an 2000
Cette année 2000 est marquée également par une rencontre essentielle, Henri Magne. Parmi les plus grands copilotes du Dakar, ayant navigué Pierre Lartigue, Ken Shinozuka (avec qui il a remporté l’édition 1997), il gagne le Dakar 2000 avec Jean-Louis Schlesser. Délocalisé dans la principauté pyrénéenne cette année-là, Cyril découvre un autre mode de vie. L’affection paternelle d’Henri Magne lui apporte l’équilibre et le socle de confiance dont il a besoin, loin de ses racines familiales. C’est aussi à ce moment qu’un appel de BMW transforme sa carrière. « Je suis allé à Munich pour rencontrer les dirigeants et ils m’ont choisi pour leur nouvelle équipe du Dakar moto. Du coup, je ne pouvais plus travailler avec Henri. Il ne m’en a pas voulu, au contraire. »
Pilote professionnel désormais, Cyril Després prend l’ascenseur vers la gloire. Tout en gardant sa vraie nature, les pieds bien posés sur le sol. En 2001, il termine 12ème du Dakar, remportant sa première victoire d’étape. En 2003, il signe trois succès en spéciales et grimpe sur la deuxième marche du podium à l’arrivée du Dakar. Bouquet final, il est sacré champion du monde des rallyes tout terrain. Mais le meilleur est encore à venir. En janvier 2005, il atteint son graal, vainqueur à Dakar, au guidon d’une KTM officielle. « Ce jour-là restera gravé à jamais dans ma mémoire. Gagner la course la plus dure du monde, monter sur le podium, entouré de cette foule sénégalaise, wow ! » Dans son esprit remontent les souvenirs d’ado, au bord de la route sur laquelle défilaient les concurrents. Et aussi une pensée pour deux de ses modèles, avec qui il faisait équipe, Richard Sainct, décédé l’automne précédent et Fabrizio Meoni, victime d’un accident mortel dans la 11ème étape de la course 2005.
Tentations pour le futur
Fermement attaché aux valeurs morales, au respect, à l’amitié, Cyril traverse un autre moment très douloureux en juin 2006, quand Henri Magne disparait à la suite d’un accident au rallye du Maroc au côté de Nani Roma. Très affecté, il montre cependant sa force de caractère et surmonte l’épreuve. Il remporte même le Dakar 2007. La providence place aussi Laia sur son chemin à cette époque. Cyril qui aimait profiter d’une existence de joyeux célibataire jusque là, va trouver un nouvel équilibre dans sa vie personnelle. « Laia a fait du sport de haut niveau, du ski de randonnée. Alors elle comprend les exigences de mon métier et elle accepte ! Même le fait que je sois parti cinq mois par an ! »
Leader de la coupe du monde des rallyes raids 2009, Cyril a encore un bon bout de chemin à parcourir en moto. Des courses à gagner, des titres à conquérir. Et prolonger la vie de ses rêves d’adolescent.
Le saviez-vous ?
Cyril Després adore le rugby et supporte le club de Perpignan. Il a assisté à la finale du championnat de France 2009, remportée justement par l’USAP. Il est aussi très copain avec Christian Califano, ex-pilier du XV de France.
A part la moto, il pratique le ski de randonnée avec sa fiancée Laia, la descente en VTT, le quad.
Avant chaque Dakar, c’est maman Després qui s’occupe de fignoler les détails de ses tenues de pilote, cousant et surveillant le placement des stickers de sponsors.