Chicago est le berceau d’une des danses les plus rapides du monde. Pour mieux comprendre le phénomène, immersion dans les cyphers et les bpms brûlants du footwork.
La musique est forte à vous en donner la migraine. Vos dents et vos os se mettent à trembler, surtout pour ceux qui regardent le show posés contre un mur.
Jamal Olivier, 20 ans et originaire de Chicago, grand et dégingandé, est un de ces nombreux footworkers. Surnommé Light Bulb (l'Ampoule) par son crew et ses adversaires, il ressent la musique comme l’impact d'une pluie fine. Ca rentre par les oreilles, ça descend dans les bras et les jambes, et ça sort par les pieds. Il se met à bouger, et commence frénétiquement à danser.
Light Bulb bouge d’un point à l’autre du cercle formé par les danseurs et les spectateurs. Ses pieds kickent de haut en bas, comme ceux du talentueux danseur Sammy Davis Jr.‘s Vegas. Sa langue bat la mesure, des gouttes de sueur coulent sur son visage. Finalement, Light Bulb fait front à un type habillé tout en noir - jean, chemise Iowa Hawkeyes, casquette des Chicago Bulls - et se met à danser pendant quelques secondes par simple provocation. Ses amis posés sur le côté du cercle, les danseurs de son crew Terra Squad, crient pour mieux l’encourager. Le défi est lancé, à la loyale comme le veut la règle des battles.
Quand Light Bulb sort du cercle, c’est Brandon Love a.k.a. Basik, a.k.a. le type habillé tout en noir qui se met à danser avec la ferveur d'un diable tasmanien. Basik se déplace au sol à la vitesse de l’éclair, sur la pointe des pieds, avant de sauter, croiser ses jambes à mi-hauteur, atterrir, se baisser, puis toucher le sol avec ses genoux (un par un) avant de revenir au popping. Tout ça dans un même mouvement continu, sans pas de travers.
La foule acclame cette nouvelle création de Basik qu’il a appelé "The Cat Daddy", pour mieux montrer qui est le boss. Les spectateurs inclinent la tête en signe de respect, et sourient tout en brandissant leurs téléphones portables et appareils photo. Les vidéos capturées seront postées sur YouTube le plus rapidement pour montrer au monde entier qu’à Chicago on ne fait pas que de la house. « C’était amusant », lâche Basik à la fin de son show. Mais ce n’est que le commencement « Ce n'est pas encore terrible, Light Bulb est prévenu, je sais qui je suis ». Ca se passe comme ça dans les cyphers, on se provoque gentiment car on sait que si l’on veut s’imposer, il faut faire parler ses pieds et pas sa bouche.
La nuit n’est pas prête de finir, il est seulement 23h00. Les battles en deux contre deux et les battles mystères n’ont pas encore commencé, ce qui nous laisse penser que la nuit va être agitée. C’est ça les Footworkin' party du dimanche, et ça ne s’arrêtera que quand les danseurs l’auront décidé...
(La suite de l’article dans le magazine Red Bulletin de Mai 2011.)
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